Platon avait-il raison lorsqu'il classait l'activité physique parmi les dernières préoccupations de la pensée, plaçant, en premier lieu, l'activité intellectuelle et la réflexion théorique-abstraite? Le contemplatif a-t-il le droit de prendre la tête sans se baser sur le corps dans son existence? Est-ce que l'homme est un esprit distinct de l'animalité, du corps… cette machine qui a longtemps été opprimée et considérée uniquement comme un support pour des qualités qui la surpassent en performance et en rendement?

Est-il logique que le philosophe de réunisse la raison et l’activité sportive ? La raison est la productrice de la culture, accomplissant le dépassement et pratiquant la contemplation par la pensée, tandis que le sport trouve sa source dans la nature, répondant à l'appel du divertissement, du plaisir et de la libération des contraintes de l'esprit. C'est la liberté du corps dans la mesure où il se libère des lois de la pensée. Même dans ses premières significations linguistiques, chez les Grecs anciens, il était, toujours, associé à des termes tels que le jeu, le divertissement, l'errance. N'était-ce pas Dionysos, le joueur et l'errant, dans l'Olympe ?... Et c'est ainsi qu'il s'accorde avec l'essence de la nature, tandis que le philosophe aspire à examiner ce qui la dépasse : la culture et la civilisation, c'est-à-dire les produits de la contemplation et de la réflexion.

Delors, le jeu, est l'une des expressions les plus importantes du sport et de ses activités. Le philosophe Huizinga, dans son livre "Homo Ludens" (l'Homme joueur) en 1936, considère que le jeu a "une dimension fondamentale dans l'existence humaine". D'autres philosophes, tels que Condillac, Nietzsche, Derrida, Gadamer, et Eugen Fink avec son livre "Le jeu comme symbole du monde", ont partagé cette perspective, préférant se concentrer sur le jeu comme symbole du monde au lieu de se limiter aux facteurs rationnels pour réaliser le progrès de l'humanité. Les grandes rationalités n'ont fait qu'immerger l'humanité dans une sévérité rigide, la remplissant de guerres et de ressentiments. Le jeu est le lieu de la réconciliation et le foyer de la tolérance, car tout en lui est spontané et innocent.  

Le jeu trouve son fondement dans le corps, et le corps est une machine humaine dotée de caractéristiques et de qualités multiples qui témoignent de la présence de l'homme dans le monde. Parmi ces caractéristiques, la marche et la course expriment sa préparation et sa force dans la compétition, c'est-à-dire dans la réalisation d'une diversité corporelle avec d'autres corps, et dans l'interaction avec un monde où l'esprit ne peut enregistrer la moindre présence. La preuve phénoménologique de cette présence réside dans la considération du corps comme un moyen pour réaliser une correspondance et une empathie initiales dans le processus de communication rationnel. Cela signifie que l'esprit ne commence pas par ce qui est intellectuel, mais par ce qui est corporel. Ainsi, toutes les hypothèses idéalistes qui négligent le corps en le considérant comme dépourvu d'importance dans l'enregistrement de la présence à travers le mouvement disparaissent. Le mouvement purifie le corps de ses entraves et libère l'âme de ce qui l'alourdit. Le véritable objectif philosophique des Jeux Olympiques n'est pas simplement le divertissement et le jeu, mais vise à consacrer la rencontre, à profiter de la participation affective et morale, et à réaliser la compréhension mutuelle entre les peuples et les cultures. C'est une ouverture à l'infini.

L'activité sportive est une forme de défi face à la mort et un moyen de se débarrasser des maladies. C'est un chemin vers la prolongation de la vie et la préservation de la vitalité du corps. Elle défie l'inertie du corps et son inclination vers le déclin et la destruction, c'est-à-dire vers la mort. Cela signifie que le sport représente l'une des facettes les plus importantes de la vie en opposition aux aspects les plus importants de la mort, contredisant ainsi l'idée que l'homme est destiné à mourir. Dans les mots de Nietzsche "Je t'ai attrapé, ô néant", il se moque de Flaubert, qui n’écrivait que lorsqu'il est assis. Nietzsche considère que Flaubert prive le mouvement en oubliant que son corps pense également. Les plus grandes manifestations de la pensée émanent du corps, comme la danse, la légèreté, l'agilité, l'escalade des montagnes et l'harmonie avec le chant des oiseaux. Ainsi, le corps sportif en mouvement constitue un défi à la métaphysique immobile et ennuyeuse, qui sombre dans l'immensité du néant, se dirigeant lentement vers la mort. Le mouvement est espoir et contemplation par le corps, constituant un processus de catharsis pour celui-ci.

Ce nouveau numéro de la revue "Collection lumières" comprend principalement des articles sur le jeu et le sport, ainsi qu'un supplément composé d'un ensemble d'articles liés de près ou de loin à la civilisation, la culture et la question de la rencontre. Il met également en lumière des recherches sur la religion et ses pratiques, sur l'histoire, le roman et la problématique de la traduction...

Publiée: 2022-11-10